Eloge de la fuite

28 août 2018 0 Par Kallisté

J’emprunte ce titre, volontairement provocateur – on n’a pas l’habitude de glorifier la fuite, n’est-ce pas ? – a un essai du neurobiologiste  Henri Laborit, paru en 1976, et dont Alain Resnais s’inspira pour son film Mon Oncle d’Amerique.

Si je serais bien incapable de rédiger un article sur la neurobiologie, je peux en revanche vous parler d’une expérience très parlante présentée dans le livre. Vous comprendrez alors que l’éloge de la fuite prendra tout sons sens.

Cette expérience avait pour but de mesurer les conséquences du stress sur des rats, à travers 3 situations distinctes.

Avant de vous présenter ces 3 schémas, faisons d’abord un petit détour pour revenir sur ce qu’est le stress, ou plutôt à quoi il sert.

Quelle est la fonction du stress ?

Imaginons, il y a quelques milliers d’années, notre ancêtre chasseur – cueilleur surpris par une bête sauvage (je ne précise pas laquelle, votre imagination s’en chargera très bien). Sauf si nous sommes tombés sur le maître Zen de la tribu, il y a de fortes chances pour que notre chasseur – cueilleur sente monter en lui, à ce moment-là, une bonne dose de stress.

Ce stress est tout simplement destiné à lui sauver la vie ! Face à cette situation de danger, il va en effet préparer son corps à 2 solutions possibles : se battre ou courir. Ainsi, selon wikipedia, « Un événement stressant provoque une réaction en chaîne qui débute dans le cerveau et aboutit à la production de cortisol par les glandes surrénales. Le cortisol active alors en retour deux zones du cerveau : le cortex cérébral pour qu’il réagisse au stimulus stressant  et l’hippocampe, qui va apaiser la réaction. Si le stress est trop important ou s’il se prolonge, l’hippocampe saturé de cortisol ne peut plus assurer la régulation. Le cortisol envahit le cerveau et installe une dépression. »

Une expérience faite sur les rats

Mais revenons à notre expérience : un rat est placé dans une cage métallique. C’est dans cette cage qu’il est nourri régulièrement. Périodiquement, une lampe rouge s’allume à l’extérieur de la cage, une forte sonnerie retentit puis une impulsion électrique est envoyée dans la cage. De sorte que rapidement, le rat identifie le stimulus (lumière rouge plus sonnerie ) comme annonciateur d’une décharge électrique à venir.

A partir de cette base commune, 3 situations sont testées :

– Schéma 1 : Il y a 2 cages mitoyennes, communiquant par une trappe. Lorsque l’alarme retentit, la cage dans laquelle le rat est nourri va recevoir l’impulsion électrique, mais la seconde cage non. La solution est ici la fuite et c’est ce qu’on observe : lorsque le stimulus retentit, le rat fuit vers la cage qui n’est pas électrifiée.

– Schéma 2 : il n’y a qu’une seule cage, donc pas de possibilité de fuite, mais il y a 2 rats. On observe alors que lorsque l’alarme retentit, les 2 rats se battent.

– Schéma 3 : il n’y a qu’une seule cage et qu’un seul rat. Le rat ne fuit pas et ne se bat pas.

Au bout de quelques temps, les scientifiques observent l’impact de chaque situation sur la santé des rats. Selon vous, quel schéma est le plus préjudiciable à la santé du rat ?  Le 2 ? Non ! Le schéma dans lequel l’état de santé du rat se dégrade le plus rapidement est le schéma n°3. Et l’explication en est simple : le rat qui ne peut ni fuir, ni combattre,   va retourner son agressivité contre lui-même.

Et dans notre vie de tous les jours ?

A présent réfléchissez : n’y a-t-il pas dans votre vie des situations inconfortables pour lesquelles vous avez l’impression (j’ai bien dit l’impression) de ne pouvoir ni fuir ni combattre ?

Alain Resnais, dans son film Mon oncle d’Amérique transpose cette situation dans le monde du travail. En effet, en situation d’inconfort, il est difficile de « combattre » sa hiérarchie, et fuir vous exposerait au risque de ne pas trouver d’autre emploi ailleurs. Alors beaucoup de gens choisissent le statut quo. Vous l’aurez compris, cette situation est la pire des trois pour votre santé.

Mais nous pouvons également transposer ce schéma au niveau relationnel. Une situation conflictuelle avec un père, une mère, un mari ? Combattre vous apparaît comme moralement interdit et fuir fait naître la culpabilité d’abandonner les siens. Reste le statut quo : « je verrai bien », « ça finira par s’arranger ».

Cette solution n’est jamais la meilleure.

 

Conclusion

Même si la « fuite » présente un risque, une déstabilisation, même si elle fait naître la peur du changement, il faut parfois avoir le courage de fuir.